Ce matin je me suis réveillée de très mauvais poil. Triste, saoulée, et vexée. J’essaie tranquillement d’avaler ma Valda depuis. Si les choses se passaient bien du premier coup ça se saurait, mais ce n’est pas le cas, même en étant consciencieuse et millimétrée.
J’avais décidé de me mettre au vert aujourd’hui en fuyant ma dépression de pétasse devant la console, mais finalement j’ai traîné sur YouTube et suis tombée sur des Shorts assez marrants. En creusant: sur des formats longs de braillardes. Ça m’a gonflée. Caramail 1999 version 2026.
Je ne suis pas tombée dans le metal étant enfant. Dans le genre electro au début de l’adolescence oui, mais le metal est arrivé un peu avant mes 17 ans (on laisse Nirvana de côté ça ne compte pas, j’ai décidé). Un an plus tard grâce à Internet j’ai eu la confirmation que ce milieu avait son lot de cassos, fait que j’avais déjà observé chez un gars avec qui j’étais sortie rapidement. Outre le fait qu’il était bipolaire au sens clinique, con comme une queue de pelle et globalement insupportable sauf quand il se forçait à être normal, il était complètement intolérant à tous les styles musicaux (a en créer des conflits, une fois par mois) sauf hardrock/neo-metal. Ici vous vous attendez surement à ce que je me moque mais non, je trouve tout ça déjà assez insultant pour moi et ma capacité à faire des bons choix à l’adolescence. C’est la première fois que je rencontrais une personne bipolaire déjà, mais surtout, quelqu’un avec ce genre de préoccupation. C’était carrément lunaire pour moi.
Sur le net j’ai pu approfondir le sujet au fil de rencontres/discussions.
Ça ne concerne pas tout le monde, évidemment. Mais le milieu metal traîne quand même une vieille passion pour le tri sélectif humain : les vrais, les faux, les purs, les touristes. Et si vous vous demandez qui est la crème de la crème de tout ça: probablement la personne qui fait des phrases tout en paradant, bien sûr, avec le Tshirt d’un groupe de black metal suédois/norvégien/finlandais. Cliché oui, mais tellement délicieux.
Ce n’est pas spécifique au milieu metal, tous les milieux esthétiquement très engagés ont leur lot de débilous. Ajoutez une imagerie forte et une sonorité puissante et toutes les personnes à l’identité branlante vont se coller dessus comme des mouches à merde sur une bouse, disons les termes. Et bienvenue dans le milieu metal.
J’ai souvent eu des discussions hors-sol sur “qui était un vrai qui ne l’était pas”, qui était véritablement trou-ivol. A demi-mots certes, mais le fond était pourtant bien là. De l’importance de se looker pour aller en festoch ou en concert aussi et surtout, un point des plus importants: le mépris des gens “normaux” (comprenez: habillés normalement parce qu’a priori y a une manière normale de s’habiller). A ce stade ils sont là pour se définir eux-mêmes en s’essuyant les pieds sur le paillasson des voisins et non pas uniquement pour la musique, mais bon passons.
Et donc je suis tombée sur deux vidéos de geiniardes absolument outrées que des influenceurs étaient invités au Hellfest.
C’EST LA FIN DES HARICOTS THÉRÈSE!
C’est une catastrophe car le metal va devenir mainstream (ouuuuhlala!).
Je cite:
“déjà qu’il y a des gens normaux qui viennent au Hellfest juste pour se la péter au bureau le lundi matin, le milieu metal n’a pas besoin de ça”.
J’apprends ici qu’il y a un dresscode pour aller au Hellfest. Quant au fait de se la péter parce qu’on y est allé, faut vraiment avoir peu d’ambition.
“ils [les gens normaux] vont venir juste pour se bourrer la gueule, la musique ils n’en ont rien à foutre“.
J’ai fait pas mal de festivals et de gros events tous genres musicaux confondus, en France ou ailleurs. La seule fois où j’ai vu plus de gens KO que dans un festival metal, c’était aux ferias de Bayonne (rien à voir donc). Même en raves, même en technival y a pas autant de gens wasted, pourtant on va être honnête, y a pas plus de drogues et de gens qui ont consommé qu’à ces endroits là. En ce sens je ne pense pas que ce soient uniquement les “gens normaux” qui finissent épaves sous la tente de la Croix-Rouge au Hellfest, les metalleux se débrouillent déjà très bien.
“ils [les gens normaux] vont aller au Hellfest comme s’ils allaient au cirque, pour se distraire et voir des gens bizarres”
Ben si les gens normaux sont déjà là pour boire je crois pas qu’ils voient grand chose. Sinon peut-être qu’ils vont juste venir parce que la musique leur plait? Signer pour minimum une journée sous la flotte ou la canicule juste pour se mettre une race me semble être un raccourci un peu fragile. Puis le cirque c’est moins cher que le Hellfest aussi.
“tout ça pour montrer leur outfit special Hellfest”
Je comprends. C’est effectivement de l’appropriation culturelle, c’est vilain.
Je relèverais bien les complaintes de fragilus du genre “le metal m’a sauvé la vie” mais j’ai ma cabine de douche à nettoyer là.
Y a des gens qui semblent ignorer qu’il n’y a pas si longtemps, Skyrock portait bien son nom et que le dimanche soir Fun Radio passait du Black Metal. M6 diffusait des clips rock/metal aussi le samedi soir. Et ouais, le metal, tu ne tombais pas dedans par hasard ou par le bouche à oreille, tu pouvais le découvrir en allumant ta radio ou ta télévision, ce n’était absolument pas un truc de niche (ou presque) comme aujourd’hui.
Si les gros du rock se sont faits connaitre, ce n’est pas grâce aux concerts et aux festivals. D’ailleurs, depuis que les diffusions de rock sur les médias mainstream ont cessé, le genre rock/metal est très nettement moins écouté. Il s’est essoufflé au début des années 2000 et depuis le simple fait d’allumer la radio nous passe les tympans à l’acide.
Je ne suis pas pour les influenceurs en général, mais pour le coup, je ne pense pas que trois influenceurs en perfecto Shein vont tuer le metal. Au pire ils feront trois stories nulles, au mieux, quelqu’un tombera sur un groupe, ira écouter et restera. Et franchement, pour un genre qu’on a rangé au placard médiatique depuis vingt ans, ce serait peut-être moins une invasion qu’une bouffée d’air.
Allez bisous.
