C'est bon d'être con

En partant du postulat qu’on est toujours le con de quelqu’un, ce qui est à mon sens une criante vérité, je suis conne. C’est invariable et universel, on fait toujours des choses qui nous semblent intelligentes mais qui seront connes aux yeux d’autres et des choses connes qui sembleront très malignes à certains. Tout est dit, retour à la case départ.
Comme tout le monde j’ai ma définition personnelle de la connerie, j’évite cependant de l’étaler sur tous les points qui m’emmerdent, mais comme cette définition est tout de même assez vaste elle engage parfois une forte réflexion. Oui c’est très con dit comme ça mais j’entends par là que j’essaye de m’adapter au mieux, ce qui sous-entend en général intelligemment, pas forcément pour paraitre intelligente, notion toute relative, mais en gros pour contenter tout le monde, pour faire au mieux, pour faire dans le raisonné et l’intelligent, quitte à prendre les murs toute seule (en admettant que c’est être con d’une certaine façon aussi).
Sauf que, la raison a parfois tord, et que le raisonné n’est pas forcément la méthode la plus adaptée.
L’intelligence et ses copains, m’ont couté récemment deux dents, soit trois mois de traitement chez le dentiste à raison d’une séance par semaine et environ 1300€. Une séance d’analyse absolument cauchemardesque où j’ai cru que j’allais crever, un empoisonnement au Tramadol (non c’était pas une tentative de suicide c’était pour les douleurs dentaires) ou j’ai cru concrètement que j’allais y passer là par contre, et une bonne claque existentielle, voire pire : une trempe majestueuse.
A 28 ans, je comprends pourquoi il y a autant de cons sur la planète, parce que je viens de découvrir qu’il est salvateur et simple d’être con et que c’est définitivement à la portée de tout le monde.
Etre con c’est rafraichissant. On se prend beaucoup moins la gueule, on se pose donc fatalement beaucoup moins de questions. Au final, c’est tout simplement éviter bien des tracas cérébraux qui s’avèrent parfois bien inutiles. Action/réaction pas de réflexion (surtout pas) et on se branle des conséquences, et on en a rien à foutre de ce que pense la victime de notre connerie.
Etre con ça ne va donc pas sans l’égoïsme. On ne perd pas de temps à penser à l’autre, encore moins à penser à ce qu’il peut penser de nous. Au diable la politesse, au feu les bonnes manières, aux chiottes la raison : soyons cons !
Si j’avais été plus conne dès le départ, si j’avais moins pensé au mal que je pouvais faire plutôt qu’au mal qu’on m’avait fait, si je m’étais tout simplement moins attardée sur le point du "bien-faire" (même si j’en chiais comme une merde), et bien, peut-être qu’aujourd’hui mes dents auraient été épargnées. Je ne peux pas réparer mon intelligente connerie qui a contenté tout le monde sauf moi, par contre, je peux préserver mon capitale dentaire en étant conne et méchante de temps en temps... Tout en restant juste, parce qu’il faudrait quand-même pas tomber trop bas non plus.
Hier, j’ai fait un truc que je ne fais pas consciemment d’habitude, ou bien, quelque chose que je m’interdisais : je me suis octroyée le droit de me foutre de l’image et de l’opinion que les gens pouvaient avoir de moi. J’ai pensé à ma gueule, j’ai pensé égoïste, j’ai été méchante, castratrice et finalement, aussi instinctive et orale que je pouvais. A ce stade, on ne peut que dire que j’ai été royalement conne.
A contrario de la première fois on je me rongeais de l’intérieure à m’en éclater les ratiches, là, tout va bien et je me cogne absolument que ma réaction ait été interprétée de telle ou telle manière, l’important, c’est que j’ai tout lâché et surtout, que ça m’ait fait du bien !
Finalement, être con, c’est aussi quelque chose de formidable et pour éviter que je ne l’oublie, je ne manquerais pas d’être consciemment et volontairement conne de temps en temps à l’avenir.

Posté par Kelly le 09.03.10 dans Le Petit Connasse illustré | Partager

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